Inde : une marche pour la protection des enfants

mer, 09/13/2017 - 01:22 -- siteadmin

Le prix Nobel de la paix indien Kailash Satyarthi a donné, lundi 11 septembre, le coup d'envoi d'une marche, appelée Bharat Yatra, à travers le pays pour exhorter les autorités à agir contre les violences sexuelles envers les enfants et le trafic de mineurs.

Comme un pèlerinage. Kailash Satyarthi, prix Nobel de la paix, militant indien du droit des enfants et du droit à l'éducation, vient d'organiser une grande marche - qui s'achèvera le 16 octobre à New Delhi - pour sensibiliser le peuple et les autorités au sujet des violences sexuelles dont souffrent les enfants indiens. Il espère rassembler un million de personnes autour de sa cause. 11.000 kilomètres. 29 États. Sept territoires. Un objectif: faire réagir sur une «menace grandissante» et «une épidémie en progression».

On se souvient encore de l'affaire choquante de l'étudiante de New Delhi morte après un viol collectif en 2012. Cette histoire avait bouleversé l'Inde et avait fait réagir le gouvernement. Une commission avait été mise en place dans le but de proposer des réformes juridiques et politiques et une loi de protection des enfants contre les délits sexuels avait également vu le jour. Trois semaines après se déroulait un nouveau drame: une petite fille de cinq ans était violée et retrouvée agonisante deux jours après sa disparition. Trois ans plus tard, le 17 octobre 2015, deux petites filles indiennes âgées de 2 et 5 ans étaient victimes de viols dans la capitale.

Malgré la prise de conscience du gouvernement, les enfants demeurent des proies faciles. En 2016, selon le ministère de la Femme et du développement des enfants, ils étaient 9.000 victimes de trafic. Soit 25% de plus qu'en 2015. La même année, environ 14.000 enfants ont subi des viols et harcèlements sexuels, d'après le Bureau des archives criminelles nationales. Selon Charlotte de Concins, responsable des programmes en Asie pour l'ONG Plan International, cette augmentation est due au travail de sensibilisation qui commence à porter ses fruits. Encore tabou, ce sujet est néanmoins davantage signalé. Cela ne signifie donc pas qu'il y a plus de trafic et d'abus sexuels, mais que l'on en connaît davantage.

«Les mesures du gouvernement sont encourageantes mais trop faibles et le pays manque de moyens pour appliquer les lois. La corruption et la culture patriarcale n'aident pas. Pour changer les mentalités, il faut avant tout passer par les enfants eux-mêmes, leur faire réaliser qu'ils ont des droits. Lorsqu'ils auront pris conscience de cela, ils pourront se protéger», explique Charlotte de Concins. Afin d'évoluer dans cette dynamique, une ligne téléphonique a été mise en place dans la plupart des régions d'Inde. Les enfants peuvent désormais signaler directement les violences dont ils sont victimes.

«Les enfants fantômes»

«Toutes les heures, deux enfants sont victimes d'abus sexuels. Un enfant disparaît toutes les huit minutes en Inde et ils ne s'évaporent pas. Ces enfants sont victimes de la traite. On les achète et on les vend comme des animaux. Parfois à des prix moindres», interpelle Kailash Satyarthi. Charlotte de Concins explique que la société indienne considère les enfants comme des valeurs marchandes. «Les enfants ne sont souvent pas enregistrés à la naissance. Ce manque d'identification perturbe les chiffres officiels.» Ces «enfants fantômes» sont les plus exposés aux formes de trafics et de violences sexuelles, «particulièrement les jeunes filles», précise Charlotte de Concins.

Parfois, les violences et le trafic ont même lieu directement dans les foyers d'adoption. En février 2017, un article du Parisien rapporte que les responsables d'un centre ont été arrêtés par la police indienne pour avoir vendu au moins 17 enfants à des couples étrangers pour des sommes allant de 11.500 à 22.000 euros. «C'est une guerre contre les viols, une guerre contre les abus sexuels et la traite des enfants, car ce ne sont pas des crimes ordinaires et on ne peut les résoudre par l'approche habituelle», s'obstine Kailash Satyarthi. Le prix Nobel de la paix indien lutte depuis 1980 contre le travail des enfants. Avec les membres de son mouvement «Bachpan Bachao Andolan» ou «Mouvement pour sauver l'enfance», il a réussi à en sauver 86.000 du travail forcé dans des usines, des mines ou des ateliers souvent surveillés par des gardes armés. Pour ces actions, Kailash Satyarthi s'est mis en danger et a reçu d'innombrables menaces de mort: «Je suis couvert de blessures et de cicatrices. Mon pied gauche a été cassé, comme mes côtes et mon épaule, je ne peux pas la soulever. Mais rien ne pourra m'arrêter.» Aujourd'hui son combat a quelque peu changé: «Avant, je combattais contre l'esclavage et le travail des enfants. Maintenant, je déclare la guerre au viol et aux abus sexuels.»

Nombreuses sont les associations qui tentent de prendre à bras-le-corps ce «phénomène». C'est un travail de longue haleine qui les attend. Charlotte de Concins en est persuadée: «Il y aura une réelle prise de conscience lorsque tous les pays du monde signeront des lois contre les violences envers les enfants». En attendant, des histoires sordides ressortent encore dans les médias. En juillet 2017, une enfant de 10 ans a été violée à plusieurs reprises par son oncle. À 21 semaines, les parents se sont rendus compte de la grossesse de leur fille en l'accompagnant à l'hôpital pour des maux de ventre. La famille a immédiatement émis une demande d'avortement qui a été refusée par la Cour suprême indienne. «La décision du tribunal est basée sur l'avis du panel médical qualifié et nous nous contentons de la décision», avait déclaré Alakh Alok Srivatav, un avocat de la famille. L'interruption de grossesse aurait, selon un rapport médical, mis en danger la vie de la jeune fille et celle du fœtus. «Ce n'est pas le problème de quelqu'un d'autre. C'est votre problème, cela peut arriver partout», réagit Kailash Satyarthi.

Source : Le Figaro

http://www.lefigaro.fr/international/2017/09/12/01003-20170912ARTFIG00356-inde-une-marche-pour-la-protection-des-enfants.php